
Le gouvernement de la République démocratique du Congo a annoncé ce samedi 2 mai 2026, par la voix du vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, l’entrée en vigueur immédiate d’un décret qui réserve désormais exclusivement le petit commerce et le commerce de détail aux opérateurs économiques congolais. Cette décision s’inscrit dans l’application stricte de la loi n°73/009 du 5 janvier 1973 sur le commerce, qui classe les activités commerciales en plusieurs catégories et réserve clairement le commerce de proximité – boutiques, étals, petits magasins de quartier, marchés de détail – aux nationaux, qu’il s’agisse de personnes physiques de nationalité congolaise ou de sociétés de droit congolais. Après plusieurs années durant lesquelles des moratoires successifs avaient autorisé des commerçants étrangers, principalement originaires d’Asie, du Moyen-Orient et d’autres pays africains, à exercer dans ce secteur, le gouvernement a finalement décidé de ne plus renouveler ces dérogations, mettant ainsi fin à une tolérance qui durait depuis longtemps.
L’objectif officiel de cette mesure est de protéger et de promouvoir les petits entrepreneurs congolais, de stimuler l’émergence d’une classe moyenne nationale dynamique et de permettre aux citoyens du pays de bénéficier pleinement des opportunités offertes par le commerce de détail, dans un contexte plus large de politique de « congolisation » de l’économie nationale observée ces dernières années dans des domaines comme les ressources minières, l’agriculture ou les services. Concrètement, les opérateurs étrangers exerçant actuellement dans le petit commerce devront se réorienter vers des activités non réservées telles que le commerce de gros, l’import-export, la distribution en grande surface ou d’autres secteurs ouverts à l’investissement étranger. Bien que saluée par de nombreux acteurs qui y voient un pas important vers la souveraineté économique et la valorisation des nationaux, cette annonce soulève également des préoccupations quant à ses conséquences immédiates sur le terrain : risque de perturbation dans l’approvisionnement des marchés, possible hausse des prix de certains produits de première nécessité, et défis liés à la transition pour les commerçants étrangers déjà installés. Le gouvernement assure cependant que la mise en œuvre se fera de manière progressive et ordonnée, avec des contrôles renforcés pour garantir le respect de la nouvelle réglementation, tout en évitant les perturbations majeures sur la vie quotidienne des populations.
Cette décision marque un tournant significatif dans la régulation du secteur commercial en RDC et relance le débat sur l’équilibre entre protection de l’économie nationale et ouverture aux investissements étrangers.
Pascal Kwilu