
Le lac Albert, situé à la frontière entre l’Ouganda et la République Démocratique du Congo (RDC), est devenu une zone clé pour l’exploitation pétrolière en Afrique de l’Est. Depuis la découverte de ressources pétrolières dans cette région au début des années 2000, des projets d’extraction, notamment les champs Tilenga et Kingfisher en Ouganda, ont été lancés. L’exploitation du pétrole dans cette région offre à l’Ouganda une opportunité économique importante, avec des prévisions de production atteignant jusqu’à 60 000 barils par jour, avec un potentiel de croissance à long terme.
Cependant, cette exploitation a également suscité des tensions diplomatiques et environnementales croissantes. L’élément central de ces tensions réside dans la volte-face de Kampala, qui a choisi de poursuivre le développement pétrolier du lac Albert en dépit des accords bilatéraux conclus avec la RDC. Le gouvernement ougandais semble avancer seul dans ce projet, ignorant l'impact de ses décisions sur la coopération régionale.
L’Ouganda et la RDC avaient signé un accord concernant la Zone d’Intérêts Communs (ZIC) pour gérer de manière concertée les ressources naturelles autour du lac Albert. Cependant, le gouvernement de Kampala semble s’être écarté de cet accord, mettant en péril une gestion coordonnée de cette zone riche en biodiversité. Cette décision, perçue comme un abandon des principes de coopération, a exacerbé les tensions entre les deux pays.
Les conséquences de cette exploitation sont particulièrement visibles sur le plan environnemental. Le lac Albert, qui abrite une faune et une flore unique, subit déjà des dégâts considérables. Les communautés riveraines, dont les pêcheurs représentent une part importante de la population locale, voient leurs ressources menacées. Le pétrole venant des champs de Tilenga et Kingfisher a déjà entraîné la pollution des eaux et la destruction des habitats marins, perturbant les écosystèmes et la biodiversité du lac. La perte de biodiversité halieutique impacte directement les 50 000 pêcheurs qui dépendent du lac pour leur subsistance. À cela s’ajoute une pression accrue sur les ressources naturelles locales.
Les répercussions ne se limitent pas à l’Ouganda. Du côté congolais, des organisations locales dénoncent le déplacement illégal des bornes frontalières, et affirment que l’Ouganda a empiété sur des zones du territoire congolais, y compris des parties du parc national des Virunga. Ces actes de délimitation contestée ajoutent à la complexité des relations bilatérales. Les peuples congolais riverains du lac Albert se retrouvent pris au piège d’une exploitation pétrolière qu’ils n’ont pas choisie, mais qui menace leurs vies et leur environnement.
Face à ce développement, les organisations locales et des ONG comme AFIEGO ont intenté des actions en justice contre l’Ouganda. Ces associations interpellent la Cour de justice de l’Afrique de l’Est pour demander l’arrêt des projets d’exploitation pétrolière et des compensations pour les communautés touchées. Par ailleurs, le gouvernement congolais, bien qu’il soit acteur d’un accord bilatéral avec l’Ouganda, semble silencieux face à ces violations des accords frontaliers et des droits des peuples vivant autour du lac.
L’Ouganda, de son côté, poursuit la construction de son raffinerie à Kabaale et d’un oléoduc (EACOP) destiné à exporter le pétrole brut vers le port de Tanga, en Tanzanie. Ce projet d'infrastructure de grande envergure, qui vise à transformer le pétrole localement plutôt que de l’exporter brut, devrait permettre de générer des revenus importants pour l’économie ougandaise. Néanmoins, cette ambition est teintée de controverses, notamment en raison de ses impacts environnementaux et sociaux dans une région déjà fragilisée.
Les critiques à l’encontre de ces projets s’intensifient, notamment en ce qui concerne le manque de transparence dans la gestion des compensations des populations locales. Les communautés touchées par l’exploitation pétrolière n’ont pas toujours été adéquatement indemnisées, et les impacts à long terme sur l’environnement sont toujours mal maîtrisés.
Dans ce contexte, des campagnes régionales de sensibilisation et des appels à une action plus ferme de la communauté internationale se multiplient. Les risques associés à l’exploitation pétrolière dans cette région sont multiples : en plus des impacts environnementaux immédiats, les tensions géopolitiques pourraient s’aggraver si la situation n’est pas prise en main avec davantage de coopération régionale et d’attention aux droits des communautés affectées.
Pascal Kwilu