
Le Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) fait face à un sérieux problème de recouvrement avec des créances en souffrance estimées à environ 300 millions de dollars américains. Cette information préoccupante a été révélée par le ministre d’État, ministre de l’Industrie par intérim, lors de la 86ᵉ réunion du Conseil des ministres tenue le vendredi 10 avril 2026 sous la présidence du Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi.Le FPI, établissement public chargé de financer des projets industriels et structurants à travers des prêts et des appuis techniques aux opérateurs économiques, voit ainsi une grande partie de son portefeuille bloquée entre les mains de débiteurs insolvables ou défaillants. Selon les chiffres présentés, ces créances impayées représenteraient environ 58 % du portefeuille de prêts du Fonds. Cette situation limite considérablement sa capacité à accorder de nouveaux financements pour promouvoir l’industrialisation, créer des emplois et stimuler la production locale dans un pays qui aspire à diversifier son économie au-delà de l’exploitation minière.
Le ministre intérimaire de l’Industrie a plaidé avec insistance pour un appui accru du gouvernement afin de récupérer ces ressources financières. Parmi les mesures concrètes validées par le Conseil des ministres figurent la mise en place d’un audit approfondi des créances et l’élaboration d’un plan de recouvrement urgent. L’objectif est double : identifier clairement les débiteurs, les montants dus, les causes des impayés (qu’il s’agisse de difficultés réelles des entreprises ou de pratiques informelles, voire de mauvaise gouvernance), et mettre en œuvre des mécanismes coercitifs pour exiger le remboursement. Le gouvernement menace notamment de recourir à des mesures légales plus strictes contre les mauvais payeurs, y compris des saisies ou des poursuites judiciaires.Ce dossier intervient dans un contexte plus large où le gouvernement cherche à renforcer le secteur industriel national. Le FPI joue un rôle central dans la stratégie de promotion de l’industrie, en finançant des unités de transformation agroalimentaire, des manufactures ou encore des projets d’infrastructures productives.
Cependant, le niveau élevé de créances en souffrance constitue un frein majeur à cette ambition. Sans recouvrement efficace, le Fonds risque de voir ses ressources s’épuiser, ce qui compromettrait les efforts d’industrialisation et de création de valeur ajoutée locale.Les autorités insistent sur le fait que ces 300 millions USD, une fois récupérés, pourront être réinjectés dans de nouveaux projets structurants, contribuant ainsi à la relance économique, à la réduction du chômage et à l’amélioration de la balance commerciale. Des observateurs notent que ce problème n’est pas nouveau : il reflète des difficultés récurrentes de gouvernance dans les établissements publics de financement, où le suivi des prêts et le recouvrement ont souvent été insuffisants.Le Conseil des ministres a donc demandé au ministre de l’Industrie de piloter rapidement la mise en œuvre de cet audit et du plan de recouvrement, en collaboration avec les ministères des Finances, de la Justice et les services compétents.
Une attention particulière sera portée sur la transparence de l’opération afin d’éviter tout soupçon de favoritisme ou de corruption dans le processus.Cette annonce intervient au moment où d’autres secteurs publics font également face à des défis financiers, comme la REGIDESO avec ses pertes techniques et ses discussions sur une possible hausse tarifaire, ou encore les questions sécuritaires soulevées à l’Assemblée nationale. Elle rappelle que l’assainissement des finances publiques et parapubliques reste une priorité pour le gouvernement afin de libérer des marges de manœuvre pour le développement.L’évolution de ce dossier sera suivie avec attention dans les prochains jours et semaines, notamment sur les résultats de l’audit et les premières actions de recouvrement. Si ces 300 millions de dollars sont effectivement récupérés, cela représenterait une bouffée d’oxygène importante pour le financement de l’industrie en RDC. Dans le cas contraire, le FPI pourrait devoir revoir son modèle de fonctionnement pour éviter de nouvelles accumulations de dettes en souffrance.
Patrick Kiwewa