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Abidjan, le 2 juin 2026 – C’est un moment historique pour l’économie congolaise. La République Démocratique du Congo (RDC) a officiellement rejoint l’élite mondiale du cacao en signant, au siège de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le nouvel Accord international sur le cacao 2026. La RDC est devenue le premier pays à apposer sa signature sur ce texte stratégique, marquant ainsi son entrée pleine et entière dans la gouvernance mondiale de la filière cacao.
Représentant le Président de la République Félix Tshisekedi, le ministre du Commerce Extérieur, Julien Paluku Kahongya, a signé le document en présence du directeur exécutif de l’ICCO, Michel Arrion, et de l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs. Ce geste symbolique, effectué avec les pleins pouvoirs accordés par le chef de l’État via un mandat officiel de la ministre d’État aux Affaires étrangères, traduit la détermination de Kinshasa à faire du cacao un pilier majeur de son développement économique.
 
Un accord ambitieux pour une filière durableL’Accord international sur le cacao 2026 succède à celui de 2010 et définit de nouvelles priorités pour l’ensemble de la chaîne de valeur. Parmi ses sept axes majeurs figurent notamment :
  • L’augmentation des revenus des producteurs et la garantie d’un revenu vital (living income) ;
  • Le renforcement de la traçabilité et de la durabilité environnementale ;
  • La promotion de la transformation locale de la fève en produits à plus forte valeur ajoutée ;
  • La mobilisation de financements internationaux pour accompagner les pays producteurs ;
  • La régulation du marché face à la volatilité des prix mondiaux ;
  • Le renforcement de la coopération entre pays exportateurs et importateurs ;
  • La lutte contre le travail des enfants et la déforestation liée à la culture du cacao.
En adhérant à cet instrument, la RDC s’engage à aligner sa politique nationale sur ces standards internationaux tout en bénéficiant des avantages réservés aux membres de l’ICCO : accès privilégié aux données de marché, coopération technique, programmes de recherche et participation aux grandes instances décisionnelles du secteur.
 
Le potentiel cacao de la RDC : une puissance en devenirLongtemps éclipsée par ses richesses minières, la RDC dispose pourtant d’un énorme potentiel cacaoyer. Les régions du Nord-Kivu, de l’Équateur, du Bandundu, du Kongo Central et de l’Ituri offrent des conditions agroécologiques exceptionnelles pour la culture du cacao de haute qualité, souvent fin ou aromatique.Le gouvernement ambitionne de positionner le pays parmi les trois premiers producteurs mondiaux d’ici 2030, avec des objectifs de production et d’exportation très ambitieux. Selon les projections officielles, la filière pourrait générer jusqu’à 30 milliards de dollars de revenus d’ici la fin de la décennie. Cette signature s’inscrit donc dans une stratégie plus large de diversification économique, visant à réduire la dépendance aux minerais et à créer des centaines de milliers d’emplois directs et indirects dans les zones rurales.
 
Défis et perspectivesL’intégration de la RDC dans le cercle des géants du cacao n’est pas qu’une formalité diplomatique. Elle impose des réformes structurelles profondes :
  • Amélioration des infrastructures de collecte et de transport ;
  • Formation des producteurs aux bonnes pratiques agricoles et à la certification (UTZ, Rainforest, Fairtrade, etc.) ;
  • Développement d’unités de transformation locales pour passer de l’exportation brute à l’exportation de beurre, poudre et chocolat fini ;
  • Renforcement de la gouvernance de la filière pour lutter contre la fraude et la contrebande ;
  • Mobilisation de partenaires techniques et financiers (Banque mondiale, UE, organisations bilatérales).
Le ministre Julien Paluku a insisté sur la volonté du gouvernement de protéger les producteurs locaux et de valoriser le cacao congolais sur les marchés internationaux les plus exigeants.
 
Une diplomatie économique offensiveCette signature à Abidjan illustre la nouvelle diplomatie économique de la RDC : proactive, pragmatique et orientée vers les partenariats Sud-Sud et triangulaires. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, accueille avec satisfaction cette arrivée d’un nouveau poids lourd potentiel. Les deux pays pourraient à l’avenir développer des synergies en matière de recherche, de transformation et de positionnement commun sur les négociations internationales.Pour les observateurs, cet événement dépasse le seul cadre du cacao. Il symbolise la réémergence progressive de la RDC sur la scène économique continentale et mondiale, portée par une vision claire : transformer ses atouts naturels en leviers de développement inclusif et durable.La RDC ne vient pas faire de la figuration. Elle arrive avec l’ambition de redéfinir les rapports de force au sein de la filière cacao. L’Accord 2026 n’est pas une fin en soi, mais le point de départ d’une conquête stratégique du marché mondial.Dans les prochains mois, les regards du monde cacaoyer seront tournés vers Kinshasa. La mise en œuvre concrète de cet engagement déterminera si la RDC réussira à transformer ce potentiel historique en réalité économique tangible pour ses millions de paysans et pour l’économie nationale tout entière.
 
Pascal Kwilu
 

 

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