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Catégorie : Mines

Mongbalu Gold Mines SA (MGM), société minière congolaise active dans la zone aurifère de Mongbwalu (territoire de Djugu et Mahagi, province de l’Ituri), a publié une déclaration officielle de perte concernant 11 certificats d’exploitation (ou documents assimilés : certificats de recherche, permis d’exploitation de petite mine, ou extraits de cadastre minier).Cette procédure administrative, rendue publique via le Journal Officiel de la République Démocratique du Congo et/ou un avis officiel du Ministère des Mines, constitue une formalité légale standard en cas de perte, vol, destruction ou disparition de titres miniers. Elle permet à la société de solliciter la délivrance de duplicatas auprès du Cadastre Minier (CAMI) et du Ministère des Mines, tout en informant le public et en ouvrant un délai d’opposition (généralement 30 jours) pour tout tiers pouvant revendiquer des droits sur ces titres.Mongbalu Gold Mines SA exploite (ou a exploité) des droits sur la célèbre concession 40 de Mongbwalu, l’une des zones aurifères les plus riches mais aussi les plus conflictuelles de l’Ituri. Historiquement détenue par l’Office des Mines d’Or de Kilo-Moto (OKIMO), cette concession a fait l’objet d’un partenariat avec AngloGold Ashanti Kilo (AGK) dans les années 2000-2010. Après le retrait d’AGK en 2013-2015 (motivé par les coûts élevés, la chute des prix de l’or et surtout la présence massive d’exploitants artisanaux illégaux estimés entre 25 000 et 100 000 creuseurs), les droits ont été cédés à un consortium congolais (FIMOSA), qui a créé MGM pour tenter de formaliser et d’industrialiser l’exploitation.Malgré ces efforts, l’activité reste extrêmement difficile en raison de l’insécurité persistante (présence de groupes armés comme CODECO et Zaïre, taxation illégale par certains éléments des FARDC), de l’exploitation artisanale massive sur les sites, et des défis logistiques et sécuritaires dans la région. Des déguerpissements violents d’orpailleurs artisanaux ont été rapportés à plusieurs reprises entre 2016 et 2021, privant des milliers de creuseurs de leurs moyens de subsistance.Les raisons exactes de la perte de ces 11 certificats n’ont pas été précisées publiquement, mais plusieurs hypothèses sont plausibles dans le contexte local :
  • Perte physique lors de déplacements, conflits armés ou incidents de sécurité dans l’Ituri.
  • Vol ou destruction intentionnelle de documents (phénomène récurrent dans les zones minières instables).
  • Problèmes administratifs internes (archivage défaillant, changements de direction ou de gestion).
  • Régularisation après des déchéances partielles antérieures (par exemple, l’arrêté ministériel n°00545 de 2021 avait déjà prononcé la déchéance du Permis d’Exploitation n°12024 pour non-mise en valeur, sans recours de la société).
Cette déclaration permet à Mongbalu Gold Mines SA de sécuriser ses droits restants, d’éviter que des tiers ne profitent de la perte pour contester ou revendiquer, et de poursuivre ses démarches administratives. Cependant, dans un environnement minier aussi chaotique que l’Ituri, tout retard dans la reconstitution des duplicatas pourrait compliquer les opérations, bloquer des financements ou des partenariats, et alimenter les tensions avec les communautés locales, les creuseurs artisanaux et les groupes armés qui continuent de taxer illégalement les sites.Les rapports récents du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC (2022-2025) soulignent toujours la taxation illégale par les FARDC et les milices, ainsi que les défis persistants de formalisation et de traçabilité dans la zone de Mongbwalu. Pour l’heure, cette perte de certificats apparaît comme une formalité administrative courante dans le secteur minier congolais, sans indication d’une crise majeure ou d’une déchéance globale de MGM.La situation minière à Mongbwalu reste volatile et hautement sensible ; toute évolution (oppositions, duplicatas délivrés, ou nouveaux incidents) sera suivie de près par les acteurs du secteur et les autorités.
 
Patrick Kiwewa